Les différences entre les règles du jeu de go

Si la manière de jouer au go est partout identique, il existe cependant de petites différences entre les règles qui portent principalement sur :

On observe également des différences concernant un certain nombre de dispositions annexes comme le protocole à utiliser pour finir une partie, ou encore celui à utiliser lorsque l'un des joueurs fait un coup interdit. Vu leur caractère anecdotique, nous n'en parlerons pas ici.

Le suicide

Que le suicide soit ou non interdit, cela ne change rien pour la quasi-totalité des parties, un suicide étant généralement un coup idiot. Il existe quelques cas où un suicide pourrait être utile, mais ces cas ont très peu de chance de se produire en partie.

En pratique, il n'y a guère de raison d'interdire le suicide : il s'agit là plus d'une tradition que d'une nécessité, mais qui est en usage presque partout!

Ma préférence irait à l'autorisation du suicide (n'imposer que le nécessaire).

Les répétitions

Le problème des répétitions est que si on ne les interdit pas, on risque d'obtenir une partie sans fin.

En pratique, interdire de répéter la dernière position que l'on a produite est indispensable, car sinon, la quasi-totalité des parties seraient sans fin. Et de fait, toutes les règles l'interdisent.

Pour les autres répétitions dites complexes, l'interdiction est moins nécessaire, car les situations où elles surviennent sont rares. Il est de plus assez difficile, lorsque ces situations surviennent, de déterminer quel est le joueur qui est succeptible de répéter une position. Du coup, les avis sont partagés sur l'opportunité ou non d'interdire ces répétitions, et devraient le rester.

Il est à noter que dans les règles où les points sont les territoires et les frontières (cas de la règle chinoise), certaines positions assez courantes peuvent conduire à des répétitions complexes, d'où une plus grande nécessité de les interdire.

Ma préférence irait à l'interdiction de répéter uniquement la dernière position (n'imposer que le nécessaire), et en cas de répétition complexe, un retour au premier coup de la partie (pour éviter les parties sans fin).

La définition des points

A l'origine, il semble qu'on ait d'abord considéré comme points d'un joueur uniquement les frontières. L'avantage de cette définition est la simplicité. On notera que le score obtenu est en fait assez proche de celui qu'on obtient avec des définitions plus modernes, l'écart étant limité à la différence entre le nombre d'yeux nécessaires à la vie des groupes de chaque joueur (en l'absence de cas particuliers).

Actuellement, le Japon (et la Corée) ont fait le choix de compter les territoires et les prisonniers, tandis que la Chine a fait le choix de compter les territoires et les frontières. La très grande force actuelle du go dans ces trois pays fait que ces choix ont peu de chance d'être remis en cause, et rendent difficile une unification de la règle au niveau mondial.

Si l'on décide que les points sont les territoires et les prisonniers (cas de la règle japonaise), on se heurte alors à des difficultés dans un grand nombre de cas particuliers, qui nécessitent une formulation assez complexe de la règle.

Il est à noter que dans certaines règles où les points sont les territoires et les prisonniers (dont la règle japonaise), les intersections inoccupées entourées par des pierres en seki ne comptent pas comme points. Il est probable qu'il s'agisse là d'une habitude héritée du temps où les points étaient uniquement les frontières.

En pratique, que l'on compte les territoires et les frontières, ou bien les territoires et les prisonniers, le vainqueur est toujours le même (en l'absence de cas particuliers comme par exemple un seki avec un nombre d'intersections neutres impair) si l'on a pris la précaution de choisir un nombre de points de compensation dans la suite 1,5+2*n (comme par exemple 5,5 ou 7,5, mais pas 6,5).

Ma préférence irait à compter comme points d'un joueur les territoires et les frontières, qui permet une formulation simple de la règle.

Les points de compensation

Les points de compensation sont une invention récente (milieu du XXème siècle).

Le nombre de ces points est en général fixé par la règle ou les organisateurs de rencontres, mais pas par les joueurs eux-mêmes. Il existe cependant des méthodes de choix de ce nombre par les joueurs, la plus simple étant que l'un des joueurs annonce une valeur pour ce nombre, l'autre choisissant ensuite s'il souhaite commencer ou pas. Certains ayant argué que des joueurs pourraient, en ayant connaissance des préférences de l'adversaire, faire un choix relevant plus de la psychologie que de la technique (annoncer par exemple une valeur assez forte sachant que l'adversaire aime jouer avec les noirs), des améliorations ont été proposées, sans toutefois faire l'unanimité.

Au cours du temps, le nombre de ces points (là où ce nombre est imposé aux joueurs) a augmenté progressivement jusqu'à 6,5 points (au Japon et en Corée, et dans la plupart des pays du monde) et 7,5 points (en Chine, à Taiwan, en Amérique du nord, en France et quelques autres pays).

Les pays qui sont passés directement de 5,5 points à 7,5 points sont ceux qui comptent comme points les territoires et les frontières. La raison est qu'avec ce type de règle, l'écart entre les scores des joueurs évolue de deux en deux (si l'un a un point de plus, l'autre a un point de moins). Du coup, prendre 6,5 points de compensation est équivalent à en prendre 5,5 : le vainqueur est le même sauf dans les cas où l'on a des intersections neutres en nombre impair.

Ma préférence irait au choix du nombre de points de compensation par les joueurs eux-mêmes, en utilisant la méthode simple consistant à ce que l'un des joueurs annonce une valeur pour ce nombre, l'autre choisissant ensuite s'il souhaite commencer ou pas (n'imposer que le nécessaire).

Le handicap

Les parties à handicap, bien que très courantes au go, ne sont pas utilisées dans les tournois professionnels. La manière de placer les pierres de handicap est donc d'une importance secondaire.

On distingue deux variantes principales :

Éventuellement, on pondère le handicap en attribuant des points supplémentaires à l'un des joueurs.

Ma préférence irait à laisser le joueur bénéficiant du handicap placer ses pierres où il veut (n'imposer que le nécessaire).

Le décompte des points

La procédure à appliquer pour le décompte des points ne fait pas vraiment partie de la règle, sauf quand la définition des points n'est pas explicitement formulée par ailleurs (cas de la règle chinoise par exemple).

Les principales procédures de décompte consistent à :

Or, fondamentalement, le nombre de pierres utilisées par chacun des joueurs au cours d'une partie est identique sauf si :

Ceci a pour conséquence qu'il est possible quelque soit la définition des points d'utiliser n'importe quelle procédure en l'adaptant légèrement pour qu'elle donne le résultat correct.

C'est ce qui a été fait pour les règles américaine, française et anglaise qui permettent de compter une partie "à la japonaise" (territoires + prisonniers) alors que les points sont définis "à la chinoise" (territoires + frontières).

En pratique, si l'on joue avec ces règles, il suffit que :

On peut alors si on le souhaite utiliser la procédure de décompte de la règle japonaise (en n'oubliant pas de compter les éventuels points dans les sekis).

Cette simplificité n'est malheureusement pas comprise par la plupart des joueurs.

Ma préférence serait de ne pas préciser de procédure de décompte dans la règle pour en alléger sa formulation.

Tableau récapitulatif des différences entre les règles

Suicide Répétition complexe Points d'un joueur Points de compensation Pierres de handicap
Règle
française
/américaine
Interdit Interdite, le même joueur ayant le trait Territoires et
frontières
7,5 points Placement libre(2)
Règle
japonaise/coréenne(1)
Interdit Autorisée Territoires et
prisonniers
6,5 points Placement imposé
Règle
chinoise
Interdit Interdite quelque soit le joueur ayant le trait(3) Territoires et
frontières
7,5 points Placement imposé(2)
Règle
Ing/SST/taiwanaise
Autorisé Interdite pour certaines positions Territoires et
frontières
8 points(4) Placement libre
Règle
néo-zélandaise
Autorisé Interdite, le même joueur ayant le trait Territoires et
frontières
7 points Placement libre
Règle
de Tromp-Taylor
Autorisé Interdite quelque soit le joueur ayant le trait Territoires et
frontières
7,5 points Placement libre
Règle
strasbourgeoise
Interdit Interdite quelque soit le joueur ayant le trait Frontières
uniquement(5)
6,5 points Placement imposé
Règle
chinoise ancestrale
Interdit Autorisée Frontières
uniquement(5)
Aucun Placement imposé(2)

(1) Il semble que la règle coréenne actuelle soit quasiment (mais pas tout à fait) identique à la règle japonaise.
(2) Dans ce type de règle, il est d'usage de donner à Blanc un nombre de points supplémentaires égal au nombre de pierres de handicap moins une (ou une demie pour éviter les parties nulles), ce qui permet de faire coïncider au mieux le score avec celui qu'on obtiendrait en comptant les territoires et les prisonniers.
(3) Dans la règle chinoise publiée en 1988, des contradictions entre différents articles pouvaient laisser croire que certaines répétitions complexes étaient autorisées et conduisaient à une partie nulle (comme en règle japonaise). Dans une nouvelle version de la règle chinoise publiée en 2002, ces contradictions ont été supprimées. Toute répétition complexe est interdite (les arbitres semble-t-il conservant toutefois la possibilité d'autoriser les répétitions complexes, mais à condition de le préciser expressément avant le début des compétitions qu'ils arbitrent).
(4) En règle Ing/SST/taiwanaise, Noir gagne en cas d'égalité aux points (ce qui, avec 8 points de compensation, ne peut survenir qu'en cas de seki(s) avec un nombre impair de libertés communes). C'est équivalent à prendre 7,5 points de compensation.
(5) Dans ce type de règle, les joueurs remplissent à la fin de la partie leurs territoires avec leurs pierres en ne laissant inoccupés que les yeux nécessaires à leur survie puis ils comptent les pierres présentes sur la grille. Ils peuvent aussi ne pas effectuer ce remplissage, et dans ce cas ils comptent les frontières et les territoires en retirant une taxe d'un point par œil nécessaire à la vie de chaque groupe.